Origine, Structure et Evolution de la Biodiversité
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Histoire de la botanique : concepts et réseaux
Responsable : D. Lamy
Les idées et concepts ayant conduit à l’émergence d’une classification et à la connaissance de la biologie des plantes se sont développés dans une dimension temporelle qui nous oblige à l’intégrer dans la compréhension de nos activités.
Par ailleurs, l’exploitation des éléments en collections ne peut s’envisager qu’avec la connaissance des idées et méthodes ayant motivé leur constitution. La compréhension de l’ordre/désordre des collections antérieures s’appuie sur la connaissance des réseaux de botanistes, l’histoire des institutions et l’histoire des concepts utilisés dans les classifications botaniques du 17e au 20e siècle (choix des critères de détermination, notion d’espèces, représentation du vivant). Dans l’autre sens, les collections sont des sources sous-exploitées par les historiens des sciences, ainsi certaines collections sont des démonstrations des concepts utilisés par les botanistes (ex. l’herbier d’Emile Bescherelle et la notion de type dans les mousses). Finalement, la recherche en histoire éclaire donc l’ensemble des activités de l’équipe.
Cette recherche s’articulera autour de différents axes : histoire des concepts et des idées en lien avec la recherche menée par l’équipe de botanique, histoire des botanistes et des réseaux en termes de circulation du savoir, histoire des collections botaniques et diffusion des connaissances
1. Histoire des concepts et des idées
Sexe
Darwin a écrit dans une lettre qu’« il n’y aura pas de plus grand mystère, surtout depuis la découverte de la parthénogenèse, que celui posé par le sexe ». En effet, de nombreuses questions sur ce sujet ont été et restent des sujets de recherche très actifs. Le sexe des plantes a servi de base au système linnéen. Il reste un des éléments essentiels des systèmes de classification actuels. Pourtant, la perte de tout (apomixie) ou partie (fonction mâle) des fonctions sexuelles arrive fréquemment. Comment un caractère aussi labile peut-il être un élément de classification ? Comment les botanistes ont-ils considéré ces variations ? Concilier une démarche historique et les connaissances actuelles permettrait au moins de clarifier la nomenclature des systèmes sexuels élaborée couche après couche et sans différencier les différents niveaux.
Biogéographie
Issue des textes pionniers d’Alexandre de Humboldt et d’Augustin-Pyramus de Candolle, la géographie des plantes a donné, aux travaux des botanistes du 19e siècle une dimension nouvelle celle de l’espace et des variations climatiques, topographiques et édaphiques qui s’y inscrivent et dont témoignent la présence de telle ou telle espèce. La biogéographie a ainsi ouvert la voie à la constitution de l’écologie. La dimension temporelle, impliquée dans l’évolution du couvert végétal, se retrouve dans la question de la spéciation, qui se rattache elle aussi à la biogéographie à travers les problèmes de dispersion, d’isolement, de distribution, d’endémisme, comme l’attestent les débats sur la spéciation allopatrique.
Frontière animal – végétal
Alors que les termes d’animal et végétal continuent d’être utilisés pour décrire le monde du vivant, ils ne le sont plus si l’on se réfère à l’arbre de la vie. Depuis Aristote, la définition de l’animal et du végétal a changé. Pourtant de nombreux groupes intermédiaires ont été décrits, mettant ainsi en défaut une frontière stricte. Certains de ces groupes, comme les champignons, forment des entités reconnues différentes des vraies plantes et des animaux. Cette étude s’enrichira des approches des botanistes et des zoologistes.
Symbiose
La coopération, et plus particulièrement la symbiose constitue un phénomène biologique qui apparaît difficilement acceptable au 19e siècle et encore dans la première moitié du 20e. Cette question est indissociable de celles plus générales : Qu’est-ce qu’une espèce ? Qu’est ce qu’un individu ? Partant des travaux, manuscrits et collections de Schmidt, dernier adversaire de la théorie symbiotique chez les lichens nous tenterons de définir les éléments appartenant au contexte scientifiques mais aussi sociologiques, politiques, qui ont été utilisés comme arguments au cours de ce débat de plus d’un siècle.
2. Histoire des botanistes et des réseaux Prosopographie des collecteurs, botanistes, naturalistes
La connaissance de la vie des acteurs de la botanique est une composante nécessaire à nos études sur la transmission des savoirs et sur l’évolution des concepts. Cette recherche sera un support à la constitution de la base personnes des collections. Elle se fera en lien étroit avec le programme commun de recherche du centre Alexandre Koyré/CRHST « Le biographique dans l’histoire et la sociologie des sciences ».
Signification des réseaux en termes de circulation du savoir
En s’appuyant d’une part sur l’important fond documentaire et d’autre part sur les collections, il est possible de représenter sous forme de réseau les nombreuses formes d’échange existant entre les cryptogamistes du 19e siècle. Ces réseaux, évolutifs au cours du temps, par le développement d’écoles, la mise en place d’institutions, la disparition de personnages clefs, permettraient de tester l’hypothèse que le maintien de certaines théories concurrentes ait résulté plus de la structure des réseaux que de la valeur des arguments défendant l’une ou l’autre de ces théories.
Deux modèles pourraient être testés : la théorie d’Hedwig sur la reproduction des mousses et la théorie de Schwendener sur la symbiose lichénique. Les outils permettant de tester la solidité des réseaux, existent par ailleurs dans le domaine mathématique de la topologie.
3. Histoire des collections botaniques, collections anciennes
L’histoire des collections botaniques du Muséum reste à faire. La tradition a voulu que les collections soient rangées par familles dès leur arrivée au Muséum (du moins pour ce qui est d’une grande partie des phanérogames). Les informations portant sur ce qui a présidé à leurs constitutions a donc disparu, ou dans le meilleur des cas, n’est accessible qu’après confrontation des informations portées par les spécimens issus d’une même collection. Sur la base d’une exploitation des registres d’entrée et du fonds d’archives, d’une part, et des recherches prosopographiques d’autre part, cette histoire complexe pourra être mise à jour.
Par ailleurs, la sauvegarde de ces connaissances, d’une part en raison de leur nature ponctuelle, d’autre part par l’absence de continuité dans la transmission, est généralement compromise. Nous proposons de mener une réflexion sur la structuration de ce corpus afin de constituer une base de connaissances, qui assurerait à terme un rôle d’outil d’aide à l’expertise dans le domaine des collections d’histoire naturelle.
Cette démarche pourra s’insérer dans le cadre du « Réseau des herbiers de France » et de la base aujourd’hui collective link SONNERAT-BRYOMYCO qui compile pour l’instant les herbiers de près de 10 institutions (MPU, NCY, P-PC-PAT, FABR, AIX, JDS, LIMO, DIN, CHE) et devra mettre en lumière la politique de distribution des doubles, et les activités des sociétés d’échanges.
Les préparations microscopiques : Un exemple particulier de collection sera étudié dans le cadre du « Slides workshop » organisé par le Max Planck Institut (les préparations microscopiques, aspects scientifiques, historiques, muséologiques, etc.). Il s’agit de l’histothèque végétale.
Une première phase de reclassement et de restauration de certaines collections du siècle dernier de l’histothèque végétale (env. 67 000 lames) a été entreprise depuis un an, et a permis de restaurer l’accessibilité aux lames de référence, par ex. les Aspléniées du Tonkin (Tardieu-Blot, 1931). Une opération du même type est envisagée pour les bois de Guyane (Benoist) et, plus généralement pour les grands fonds (collections Philippe Van Tieghem et Louis Pierre, en particulier). Un pourcentage significatif de ces préparations (30-40 %) se réfère à des spécimens d’herbier – incluant des types – et/ou à des publications d’anatomie, mémoires, thèses ou articles. Chaque lame se situe donc dans un réseau impliquant les herbiers (Paris et autres) et les bibliothèques, et témoigne, par son objet et les techniques employées, des préoccupations – théoriques et pratiques - d’une époque. L’analyse de nos collections, étendues sur plus de 130 ans et toujours enrichies, illustrerait les divers progrès de l’anatomie végétale, et permettrait de préciser les grandes orientations de cette discipline relativement récente, ce qui serait grandement facilité par la confrontation avec des synthèses actuelles (par ex. Integrative Plant Anatomy de W. Dickison, 2000). Au-delà d’un intérêt purement historique, il y aurait la possibilité de définir plus rationnellement les nouveaux champs de recherche restant à explorer.
4. Diffusion des connaissances
Les herbiers, comme les autres collections du Muséum, jouent un rôle essentiel dans l’élaboration du savoir scientifique et inversement leur développement en est aussi une conséquence.
Ils constituent donc autant un outil que le résultat des idées dans le domaine de la botanique et participent à leur vérification au fur et à mesure de l’acquisition de données nouvelles nécessitant des révisions. Les spécimens et leur positionnement dans la collection sont revus à la lumière des dernières acquisitions, et quelques spécimens nouvellement décrits viennent apporter une nouvelle réflexion. Il y a une interaction permanente entre la collection et le savoir théorique.
Ces caractéristiques premières n’excluent nullement des usages comme support de transmission des connaissances : l’herbier, au delà de la sphère du savoir spécialisé, est un excellent support pour expliquer le travail du botaniste à des non spécialistes. Visites guidées de l’édifice hébergeant les collections et les botanistes, prêts de spécimens significatifs de végétaux pour des expositions, sont, parmi d’autres situations, autant d’occasions qui permettent un contact avec des publics diversifiés. L’herbier est alors regardé comme un outil de recherche, mais aussi comme un instrument pédagogique suscitant de la part des visiteurs des interrogations qui, en retour, contribuent à alimenter les questionnements des chercheurs et plus généralement des personnes qui travaillent sur les herbiers. C’est aussi dans cet esprit que sont guidés les stagiaires accueillis dans l’herbier de Paris.
Peuvent en outre participer à la diffusion des connaissances des exposés succincts, des conférences thématiques, ou la mise au point de publications et documents audiovisuels accessibles à tous les publics. Il existe donc de manière permanente des synergies très valorisantes pour ceux qui ont, parallèlement à une charge de conservation des collections, vocation à en exploiter tous les autres volets dans le cadre de la diffusion des connaissances (volets historique, biographique, anecdotique, esthétique, etc.).
Nous nous proposons d’effectuer un travail de recherche portant sur les éléments évoqués précédemment. Il sera, notamment, intéressant d’étudier les processus de communication entre spécialistes des herbiers et non spécialistes. Pour cela il est nécessaire, en particulier, de considérer les rapports que chacun a aux collections et à la recherche dont elles sont l’objet. La capacité du spécialiste à intéresser son interlocuteur, à « vulgariser sa science » est également à prendre en compte dans cette étude.
