Vigie-Nature
Accueil du site > Oiseaux > Suivi Temporel des Oiseaux Communs > LES RESULTATS NATIONAUX (2009 inclus) > Les indicateurs

Les indicateurs


Produire des indicateurs à partir des indices des espèces (habitat)

Le CRBPO produit chaque année des indicateurs pluri-spécifiques combinant les indices de plusieurs espèces. Pour calculer la valeur de l’indicateur une année donnée, il suffit de faire la moyenne géométrique des indices des espèces concernées pour l’année concernée. Il faut bien sûr que l’année à laquelle l’indice a été fixé arbitrairement à ’1’ soit la même pour toutes les espèces.

Le CRBPO produit 4 indicateurs, regroupant les espèces selon leur spécialisation par rapport à trois grands types d’habitat. Ces indicateurs sont ceux des espèces spécialistes des milieux agricoles, espèces spécialistes des milieux forestiers, espèces spécialistes des milieux bâtis, et espèces généralistes. Le degré de spécialisation est calculé à partir de la répartition des effectifs de l’espèce (dénombrés par le STOC) dans les trois grands types d’habitat, en proportion de leur disponibilité. Ainsi, si une espèce est plus abondante dans un habitat que ce que prédirait une répartition homogène dans les trois habitats, elle est dite spécialiste de cet habitat. Si une espèce ne présente pas de biais de répartition entre les habitats, elle est classée parmi les espèces généralistes. Au total, 65 espèces sont utilisées pour construire les indicateurs. Elles se répartissent de la manière suivante :

  • Espèces généralistes (14) : Pigeon ramier, Coucou gris, Pic vert, Fauvette à tête noire, Hypolaïs polyglotte, Rossignol philomèle, Merle noir, Accenteur mouchet, Loriot d’Europe, Mésange charbonnière, Mésange bleue, Corneille noire, Geai des chênes, Pinson des arbres.
  • Espèces spécialistes des milieux agricoles (20) : Vanneau huppé, Buse variable, Faucon crécerelle, Perdrix rouge, Perdrix grise, Caille des blés, Huppe fasciée, Alouette des champs, Alouette lulu, Pipit farlouse, Bergeronnette printanière, Fauvette grisette, Tarier pâtre, Tarier des prés, Pie-grièche écorcheur, Corbeau freux, Linotte mélodieuse, Bruant jaune, Bruant zizi, Bruant proyer.
  • Espèces spécialistes des milieux forestiers (18) : Pic épeiche, Fauvette mélanocéphale, Pouillot de Bonelli, Pouillot siffleur, Pouillot véloce, Pouillot fitis, Roitelet huppé, Roitelet triple-bandeau, Sittelle torchepot, Grimpereau des jardins, Troglodyte mignon, Grive musicienne, Rouge-gorge familier, Mésange huppée, Mésange noire, Mésange nonnette, Grosbec casse-noyaux, Bouvreuil pivoine.
  • Espèces spécialistes des milieux bâtis (13) : Tourterelle turque, Martinet noir, Hirondelle de fenêtre, Hirondelle rustique, Rougequeue noir, Rougequeue à front blanc, Choucas des tours, Pie bavarde, Chardonneret élégant, Verdier d’Europe, Serin cini, Moineau domestique, Moineau friquet.

Certaines espèces peuvent être spécialistes d’un habitat au niveau national mais pas au niveau régional, ou inversement. Il est toutefois conseillé de conserver les mêmes groupes d’espèces pour construire des indicateurs régionaux que ceux utilisés au niveau national, pour plus de lisibilité et pour faire des comparaisons plus aisément.

En 2009, il a été décidé de retirer le Faisan de Colchide de la liste des espèces spécialistes des milieux agricoles (en raison de l’influence importante des lâchers cynégétiques). Il a été remplacé par le Vanneau huppé, qui est un spécialiste agricole en France et fait partie de l’indicateur européen ’agricole’.

22 mars 2010

Indicateurs des spécialistes habitat

Valeurs des indicateurs
Indicateur 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Généralistes 1 1.012 0.968 0.946 1.009 0.973 0.925 0.961 0.937 0.902 0.871 0.876
Forestiers 1 1.105 0.951 0.887 0.867 0.843 0.851 0.844 0.812 0.8239 0.827 0.804
Agricoles 1 0.933 0.754 0.838 0.751 0.779 0.754 0.745 0.822 0.792 0.697 0.708
Bâtis 1 0.917 1.027 0.902 0.883 0.930 0.788 0.775 0.794 0.832 0.770 0.799
Toutes espèces 1 0.992 0.903 0.887 0.860 0.866 0.822 0.821 0.837 0.832 0.782 0.787
Indicateur 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Généralistes 0.919 1.013 1.041 1.065 1.141 1.185 1.159 1.174 1.127
Forestiers 0.783 0.885 0.902 0.870 0.858 0.826 0.870 0.878 0.803
Agricoles 0.726 0.667 0.642 0.677 0.699 0.667 0.685 0.689 0.613
Bâtis 0.729 0.768 0.728 0.807 0.825 0.822 0.765 0.740 0.738
Toutes espèces 0.781 0.812 0.802 0.829 0.850 0.835 0.838 0.838 0.782

Représentation

JPG - 197.8 ko
Représentation des indicateurs habitats
Les valeurs sont arbitrairement fixées à 1 en 1989
22 mars 2010

La mise à jour des indicateurs

Au début de chaque année, le CRBPO met à jour les indicateurs STOC en y incorporant les données reçues concernant l’année écoulée mais aussi les données retardataires des années précédentes. Les indices d’abondance annuels de chaque espèce sont ré-estimés, et les indicateurs calculés avec ces nouvelles valeurs.

Depuis 2001 et la mise en place du tirage aléatoire des sites suivis, les analyses des tendances des espèces incluent la prise en compte d’un effet apprentissage (concrètement, prise en compte des différences systématiques entre le premier relevé sur un site et les relevés suivants, liées à l’apprentissage de la méthode de suivi par l’observateur, ou des espèces présentes sur le site). Cet effet apprentissage ne peut être estimé de manière globale, car il a existé en 2001 et 2002 (année où beaucoup des observateurs étaient nouveaux), mais il est négligeable ensuite. A l’instar de ce qui est fait au niveau européen, et pour que les indicateurs français produits par le MNHN et ceux fournis par le consortium européen PECBM à EuroStat soient cohérents et similaires, il a été choisi de ne pas prendre en compte cet effet apprentissage restreint à deux années sur les 20 du suivi à long terme.

29 mars 2009

Indicateur d’impact du réchauffement climatique

Une analyse des taux de croissance de 71 espèces sur 17 ans en France à partir des données STOC (Jiguet et al. 2007, Global Change Biology) a confirmé que les espèces spécialistes sont en déclin, et a montré un lien entre déclin et une mesure de la niche climatique que ces espèces occupent en Europe. En effet, les espèces qui nichent à des températures maximales moins élevées sont plus en déclin. Pour simplifier, les espèces septentrionales sont plus en déclin que les autres en France. Cette analyse s’est basée sur l’estimation du maximum thermique des espèces en Europe, à partir des données de température moyenne des mois de mars à août sur toutes les cases de l’atlas européen des oiseaux nicheurs (Hagemeijer & Blair 1997) où une espèce niche en Europe. En considérant les 5% des cases aux températures moyennes les plus élevées, on obtient le maximum thermique d’une espèce en Europe, à savoir les températures maximales sous lesquelles une espèce niche en Europe. Si l’on considère ensuite les 15 espèces qui présentent le maximum thermique le plus faible, qui nichent en France et qui sont suivies par le STOC, on peut construire un indicateur qui synthétisera le devenir de ces espèces sensibles au réchauffement climatique. Cet indicateur est présenté sur la graphe ci-dessous, et atteste d’une diminution très importante de ces espèces, de l’ordre de 40%, ce qui est bien au-delà de ce que l’on constate pour les espèces spécialistes (que l’on retrouve en grande partie dans ce groupe d’espèces septentrionales). Les 15 espèces concernées ici sont : Pigeon colombin, Pipit farlouse, Pipit des arbres, Fauvette des jardins, Pouillot fitis, Pouillot siffleur, Roitelet huppé, Accenteur mouchet, Tarier des prés, Corbeau freux, Mésange huppée, Mésange nonnette, Mésange boréale, Bouvreuil pivoine et Bruant jaune.

De la même manière, l’indicateur des espèces nichant aux températures les plus chaudes a été calculé (pour les 15 espèces avec les valeurs les plus élevées de maximum thermique). Ces espèces sont : Fauvette mélanocéphale, Bruant zizi, Pouillot de Bonelli, Rossignol philomèle, Perdrix rouge, Tarier pâtre, Hypolaïs polyglotte, Bruant proyer, Serin cini, Huppe fasciée, Grimpereau des jardins, Alouette lulu, Tourterelle des bois, Chardonneret élégant, Linotte mélodieuse.

Comme ces deux groupes comportent des espèces spécialistes d’habitat (11 pour le premier, 14 pour le second), qui sont connues pour être particulièrement en déclin, on ne peut attribuer le déclin au seul réchauffement climatique. Une manière de mesurer l’impact de ce réchauffement est donc de regarder la différence entre les deux indicateurs construits : c’est la courbe verte sur la Figure. Cette différence augmente d’en moyenne 1.46% par an depuis 1989 : les espèces répondent au réchauffement climatique en fonction de leur capacité à se reproduire sous des températures élevées.

JPG - 121 ko
Indicateur d’impact du réchauffement climatique

Un autre indicateur de réponse des oiseaux nicheurs a été développé au niveau européen, avec la participation denotre équipe ’STOC. Les résultats de cette autre approche ont été publiés dans la revue PLoS ONE, et sont accessibles avec le lien suivant :

An Indicator of the Impact of Climatic Change on European Bird Populations

by Richard D. Gregory, Stephen G. Willis, Frédéric Jiguet, Petr Voříšek, Alena Klvaňová, Arco van Strien, Brian Huntley, Yvonne C. Collingham, Denis Couvet, Rhys E. Green

in Public Library of Science ONE

on 04 March 2009

22 mars 2010

Indicateurs de services culturels

Entre 2001 et 2005, une « évaluation des écosystèmes pour le Millénaire » (the Millennium Ecosystem Assessment) a été conduite par des groupes d’experts internationaux pour évaluer les conséquences de l’évolution des écosystèmes sur le bien-être de l’Homme. Ces travaux ont identifiés trois types principaux de services écologiques que la biodiversité rend à l’Homme : des services de production (cultures vivrières par exemple, bois, ressources marines…), des services de régulation (stockage de carbone, lutte biologique…) et enfin des services culturels (liés au rôle de la biodiversité dans la culture des sociétés humaines). Cette dernière fonction est assez originale, et sa valeur est difficilement quantifiable. Elle peut être étudiée à travers les différentes représentations que l’Homme fait de la biodiversité dans ses productions culturelles.

Une approche que j’ai testée a été de rechercher quelles espèces d’oiseaux sont les plus citées dans la littérature française. Etant obligé de restreindre mes recherches, je me suis focalisé sur trois sources d’informations : les fables de La Fontaine (auteur du 17e siècle), les Contemplations de Victor Hugo (19e siècle), et les articles publiés dans LeMonde.fr entre 1987 et 2007 (contemporain donc, grâce à un moteur de recherche qui permet de savoir combien de fois un mot est cité dans les articles publiés depuis 1987). En retenant les espèces ou types d’espèces (hirondelle, perdrix) citées pour lesquelles des indices STOC sont disponibles, on peut construire des indicateurs incluant 15 espèces pour Les Fables de La Fontaine, 20 espèces pour Les Contemplations de Victor Hugo, et prendre les 15 espèces les plus citées dans les articles récents du quotidien Le Monde. Les 15 espèces ‘Jean de La Fontaine’ sont : Alouette (des champs), Perdrix (grise et rouge), Canard (colvert), Pigeon (ramier), Corbeau (freux), Hirondelle (rustique et de fenêtre), Faucon (crécerelle), Geai (des chênes), Milan (noir), Moineau (domestique), Rossignol (philomèle), Pie (bavarde) et Héron (cendré). Les 20 espèces ‘Victor Hugo’ sont : Alouette (des champs), Perdrix (grise et rouge), Moineau (domestique), Hirondelle (rustique et de fenêtre), Rossignol (philomèle), Fauvette (à tête noire), Merle (noir), Grive (musicienne), Caille (des blés), Bouvreuil (pivoine), Verdier, Martinet (noir), Mésange (bleue et charbonnière), Loriot, Epervier, Rougegorge, Tourterelle (des bois). Les 15 espèces ‘LeMonde.fr’ sont : Coucou (gris), Alouette (des champs), Corbeau (freux), Caille (des blés), Faucon (crécerelle), Martinet (noir), Verdier, Hirondelle (rustique et de fenêtre), Canard (colvert), Pie (bavarde), Pigeon (ramier), Corneille (noire), Rossignol (philomèle), Merle (noir).

On aurait pu prédire que les espèces populaires, citées dans les écrits ou illustrées, seraient des espèces plutôt abondantes et proches de l’homme, sans doute généralistes et qui se portent bien. Si cela est vrai quand on considère le Jardin des Délices de J. Bosch, ce n’est pas le cas pour les espèces les plus citées dans nos quotidiens contemporains.

JPG - 93.5 ko
Indicateurs STOC de services culturels

Enfin, les espèces illustrées par Jérôme Bosch (1450-1516) dans son ’Jardin des Délices Terrestres’ (peint vers 1503-1504) constituent un quatrième groupe illustré ici. Les espèces bien identifiables sur son tableau sont : Canard colvert, Cygne tuberculé, Aigrette garzette, Cigogne blanche, Faisan de Colchide, Pic vert, Huppe fasciée, Martin-pêcheur, Rougegorge, Rougequeue à front blanc, Mésange charbonnière, Corneille noire, Geai des chênes, et Chardonneret élégant. Ce groupe est constitué d’espèces qui produisent un indicateur en très nette augmentation de 1989 à aujourd’hui, une augmentation même plus spectaculaire que celle des espèces généralistes.

JPG - 94.3 ko
Le Jardin des Délices Terrestres
Triptyque de Jérôme Bosch peint vers 1503-4
JPG - 92 ko
Detail du tableau
31 mars 2009

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette